Parce que celles de Berenor ne suffisaient pas

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Parce que celles de Berenor ne suffisaient pas

Message par Alassea le Mer 12 Juin - 19:46


    Sad Rain
     
     
    Akira est né, ça me parait évident, tout le monde né un jour. Bref, Akira est né dans un hôpital, c'était un jour de pluie, une pluie qui cognait violemment sur les carreaux, chutant de ce ciel gris et maussade. Dehors, dans la rue, les gens couraient pour se mettre à l'abri, chez eux, certains avaient des parapluies, d'autres des capuches, et les autre, les plus infortunés et les plus courageux, allaient tête nue, les cheveux dégoulinant sur le visage, frissonnant dans la fraicheur tendis que les gouttes s'immisçait sous leurs vêtements. Triste journée qu'était celle de ce 22 Mars
    Mais ici, dans la chambre d'hôpital où la Madame Shike s'apprêtait à accoucher, il faisait chaud, il faisait sec. La femme mit au monde un garçon, un bébé à la peau pâle et à l'allure fragile, mais le travail ne s'arrêta pas là, et plus tard, ce fut un deuxième garçon qui arriva, tout aussi pâle que son jumeau, il était cependant plus robuste. La mère nomma le premier Akio, et le second Akira.
    Ayant été appelé pour être informé de la naissance de ses fils, leur père, un brave homme d'une vingtaine d'année. Quitta son travail en précipitation, bondit dans sa voiture et conduit en direction de l'hôpital. Triste journée qu'était cette journée du 22Mars, car même si une naissance, surtout de jumeaux, est toujours un bonheur, ce temps, je l'ai dit, était triste, et fut plus triste encore qu'il ne semblait devoir l'être. Monsieur Shike ne voyait pas grand chose à cause de la pluie, il devait plisser els yeux pour voir la route, ou plutôt l'autoroute. Soudain, un lapin ma fois plutôt suicidaire, bondit sur le gravier et fila devant la voiture qui précédait celle du nouveau père. La voiture freina pour ne pas l'écraser, Monsieur Shike, ne voyant presque rien à cause de la pluie, freina trop tard, la route était glissante, et dans des crissements de pneus et des bruits d'entrechoquements, les voitures rentrèrent les une dans les autres. Le jeune père devait ne pas en réchapper...
     
    The Gesture of Sorrow
     
     
    Les années passèrent, Akio et Akira avaient 10ans, et leur mère, un sacrée dépression. Elle élevait seule ses fils, mais faisait ça avec un regard vide, un sourire inexistant, en poussant sans cesse des soupirs et en pleurant la nuit dans sa chambre. Les jumeaux en étaient parfaitement conscient et essayaient de lui remonter le moral, mais elle ne leur prêtait guère attention, juste ce qu'il fallait pour s'occuper d'eux. Elle ne put leur donner de l'amour, ni prendre conscience du problème de son fils cadet. En effet, Akira n'était pas vraiment bien dans sa peau. A ses yeux, il était "le second" ou "la copie". Il ne se voyait pas comme une personne à part entière, juste comme un "second Akio". Sans doute aurait il dû voir un psy, ou du moins, un spécialiste, quelqu'un qui lui redonnerait confiance en lui, le ferait prendre conscience de de son identité, mais pour cela, il fallait encore que sa mère l'amène voir un spécialiste, pour ça, il fallait qu'elle prenne conscience de l'état d'esprit de son fils, pour ça, il fallait qu'elle lui porte de l'attention, pour ça il fallait qu'elle sorte de sa dépression, pour ça...
    Pour ça il n'y avait rien à faire. Personne, et quand je dit personne, je mâche mes mots, ne parvint à lui faire remonter la pente, au contraire, elle ne cessait de descendre, descendre, et encore descendre cette fichu pente, jusqu'au jour fatidique...
    Akio et Akira avaient 11ans, elle les amenait au collège. Bons élèves, ils avaient tout deux sautés la sixième et étaient donc en cinquième, et dans la même classe. Mais revenons-en aux faits. Madame Shike conduisait ses fils au collège, il n'était pas loin, ils y allaient à pieds. Ils arrivèrent enfin juste en face de l'établissement scolaire, il leur fallait juste traverser la route pour aller en cours. Le feu était rouge, Akio et Akira s'arrêtèrent et attendirent, mais leur mère ne les imita pas, elle avança de quelques pas, se retourna, et leur souris. C'était un sourire triste, un sourire d'adieux, mais un sourire tout de même. Puis, alors qu'une voiture arrivait, elle s'avança sur la route, sous les yeux effarés de ses fils...
     
    Separation of Intolerance
     
    Et les années passèrent. Akio et Akira furent envoyés dans un orphelinat. Lorsqu'ils étaient ensemble, les deux frères semblaient oublier leur peine, réussir à continuer malgré la mort de leur mère, mais dès l'instant où on essayait de les séparer, ils s'assombrissaient, ne parlaient plus et restaient dans leur coin. Ils ne pleuraient pas, mais c'était sans doute encore pire, car les larmes servent à évacuer la douleur, le jumeaux la concevraient en eux. Il fut alors décidé que, pour éviter qu’ils n’imitent leur mère, ils ne soient pas séparés. Une famille accepta de les adopter. C'était un homme et une femme qui ne pouvaient avoir d'enfants, et qui étaient désireux d'aider les deux frères à remonter la pente. Cependant, tout ne se passa pas comme prévu. Toutes ces années, depuis la mort de leur mère, invisibles aux yeux de tous, les deux frères s'étaient rapprochés, très près, plus près que ne le sont deux frères, et ils en sont venus à s'aimer, s'aimer passionnément. Ils restèrent dans le secret jusqu'à leurs 18ans. Mais une nuit, alors qu'ils étaient plongés en plein ébats dans la chambre qui leur était commune, leur parents adoptifs entendirent, et surtout comprirent. S'il y une chose à savoir sur eux, c'était que malgré leur douceur et leur gentillesse, ils étaient homophobes, et reçurent très mal cette nouvelle. Ils étaient furieux et leur interdirent de se voir. Ils ne pouvaient plus dormir dans la même chambre, Akio y resta donc, là où Akira dormait dans le salon, sur le sofa. Ils changèrent Akira d'établissement scolaire et se débrouillèrent pour qu'ils ne puissent se croiser. Un jour, excédés, ils fuguèrent. Akira avait de l'argent, beaucoup d'argent, car en dehors des cours, il travaillait, et comme il savait que ça ne suffirait pas, il avait volé de l'argent à leur parents adoptifs. Akio désapprouvait cette méthode, plus calme et docile que son frère, il avait peine à croire que son jumeaux ai agi de la sorte, mais il ne fit aucune remarque. Un matin, alors qu'ils se réveillaient dans un hôtel, Akio lança
    J'ai entendu parler d'une ville: Gay Town, où homosexuels et transsexuels vivent en paix et où ils peuvent s'assumer
    Akira était dubitatif, les homosexuels et les transsexuels, oui, mais les couples incestes? Mais c'était la seule solution pour eux de pouvoir vivre heureux, loin des moqueries et des regards désapprobateurs, des critiques et des coups. Il fut donc décidé qu'ils partiraient là bas, et s'y installeraient.
     

    Tear of Resentful Love
     
     
    Demain, nous seront à Gay Town!
    Lança Akio en regardant dehors. Il pleuvait, comme le jour de leur naissance. Akira sourit et l'embrassa
    Enfin
    Souffla t-il avant d'aller dans la salle de bain. Ils passaient la nuit chez un vieux couple gay qui ne voulait pas se rendre à Gay Town
    A notre âge pensez-vous! On est bien ici, dans notre maison à nous, elle nous tient à cœur, on ne veut pas déménager. Et puis, quand on est aussi vieux, on a l'habitude des insultes, elles ne nous atteignent plus à présent
    Disaient ils quand les jumeaux leurs proposaient de les accompagner.
    Alors qu'il se lavait les mains, Akira leva la tête et se regarda dans le miroir. Il était si semblable à son frère... une parfaite copie, si on omettait leur coupe de cheveux respective, il ressemblait traits pour trait à son frère, né en premier. Le cœur lourd, Akira ferma le robinet. Jamais il ne s'était sentit autant privé d'identité. Sans père, sans mère, copie conforme de son frère, obligé de fuir dans une autre ville pour pouvoir vivre pleinement sa vie en tant que homosexuel... Il sortit de la salle de bain, passa dans la cuisine et regagna sa chambre où Akio était déjà couché, un bras sur les yeux
    Bonne nuit Akira
    Bailla t-il. Son frère le regarda un instant
    Bonne nuit Akio
    Souffla t-il avant de planter un couteau de cuisine dans la poitrine de son frère
    Adieux Akio... je t'aime
    Puis, il regarda son frère quelques instants avant d'écarquiller les yeux, il lâcha son couteau, recula jusqu'à la porte close, prenant soudain conscience de ce qui c'était passé
    A....Akio... Qu'est ce que j'ai fait... Non... AKIO!!!
    Alerté par le cri, leurs hôtes débarquèrent et pillèrent net devant ce spectacle
    Qu'est ce que...
    Souffla l'un des hommes. Akira était tombé à genoux et laissait libre cours à ses larmes.
    Je...Je ne sais pas ce qui m'a prit...Je...Je l'ai...
     
    Alone All Along...
     
    Le réveil sonna, Akira leva les yeux et l'éteignit avant de se lever. Il regarda dehors, encore une journée ensoleillé, encore une journée qui lui semblera trop longue, encore une journée au sein de Gay Town, au milieu de couples heureux, seul, sans Akio...
     
     
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Re: Parce que celles de Berenor ne suffisaient pas

Message par Alassea le Mer 12 Juin - 19:48


    Akira détestait ces journées là, ces journées qu'il devait passer entière sans Akio, et comme toutes les journées étaient ainsi, il les détestait toute, haïssait la vie, rêvait de mourir. Mais il était là, il était vivant, il devait continuer sa route là ou son jumeau s'était arrêté.
    La nuit avait finit pas tomber, et Akira ne parvenait pas à s'endormir, dès qu'il fermait les yeux, il le revoyait, couché, un bras sur les yeux, si beau et fragile tout à la fois, il se revoyait, lui, planter un couteau dans son torse. Ces images justes insupportables le faisait rouvrir les yeux en tremblant et l'empêchait de s'endormir. Il finit par sortir pour aller jusqu'au cimetière où il avait fait enterrer son frère. Tendis qu'il marchait, les paroles d'une chanson que lui et son frère, privés de leur véritables familles, passaient leurs temps à écouter et à chanter après la mort de leur mère. Une chanson qui s'intitulait la famille, famille dont il s'était privé en assassinant son propre frère
    « Elle est là, quand tu as froid, en hiver. Toujours là, pour t'offrir un abri. Toujours là quand tu mords la poussière. Toujours là pour redresser ta vie. Avec toi pour t'aider dans tes combats. Toujours là, pour t'ouvrir grand les bras. Qu'est ce que c'est la famille? Des cœurs débordant d'amour qui t'offrent chaque jour tout au long de ta vie de l'amour. Toujours là, dans la peine ou la joie »
    Qui à présent lui offrira un abri quand il aura froid en hiver? Certes il avait sa maison mais elle était bien froide dans la solitude. Qui allait l'aider? Qui le soutiendrait si jamais il venait à avoir des problèmes? Lui, personne n'était là pour redresser sa vie, et il continuait à chuter inexorablement dans la dépression et la nostalgie causé par la non présence d'Akio à ses côtés. Il était seul dans tous ses combats. Personne n'était là pour lui ouvrir grand les bras, pour le prendre contre lui et l'accueillir sous son toit. Sa vie continuait, mais les jours avaient beau s'enchaîner les uns après les autres, personne ne lui offrait cet amour dont il était question. Et qu'il soit triste ou joyeux, si ça lui arrivait d'être joyeux dans cette océan de désolation, cela ne changeait rien, il était seul, et le "toujours là" était un "plus jamais là".
    Mais la pire de toutes les paroles restait: Et parfois, sécher les pleurs de ton cœur
    Lui, il était là, seul, à regarder la vie avec morosité. Ses yeux étaient secs mais son cœur, lui, pleurait bel et bien. Et personne n'était là pour sécher ces larmes invisibles, parce que sa seule famille il l'avait tué...
    Il s'arrêta face au cimetière. Il entendait un corbeau croasser dans la nuit, une chouette ou un hibou, il ne saurait dire, qui lui répondit, puis, un miaulement de chat qui retentit. Il leva les yeux en apercevant deux silhouettes de volatiles s'envoler à tire d'ailes.
    « L'âme d'Akio aussi s'est envolée... »
    Songea t-il avec amertume tendis que les silhouettes disparaissaient à l'horizon dans une symphonie de battements d'ailes, son agréable dans cette nuit trop triste et silencieuse.
    Il entra dans le cimetière et avança au milieu des tombes, regardant les noms qui y étaient écrits, se demandant comment ils étaient morts. Akio faisait souvent ça quand ils se rendaient sur la tombe de leur mère, pour rendre la chose moins ardue à supporter, il regardait les noms et disait "celui là, il s'est séché les cheveux dans sa baignoire". Il évitait les morts banal, les accidents de voiture, les chutes mortels, les noyades, les assassinats. Il donnait toujours aux cadavres, des morts ridicules qui auraient parfaitement pour être évité s'il avait étaient prudents... Akira s'arrêta devant une tombe
    Celui là, il a été assassiné par son frère et amant, la seule personne en qui il avait une réelle confiance, sa seule famille, et la seule personne qu'il avait à ses côtés pour l'aimer
    Fit-il en son fort intérieur en lisant le nom sur la tombe: AKIO SHIKE.
    Tendis qu'il se recueillait devant cette masse de pierre aussi froide et sinistre que sa vie, il n'avait pas remarqué la silhouette qui lui était inconnu, aussi immobile qu'une statue, avec un chat sur les jambes...
     
    « Quand on sera là bas, Akira, on vivra ensemble, on sera toujours à deux, on aura notre maison, on pourra parler à des gens qui ne nous jugeront pas parce qu'ils sont comme nous. Quand on sera là bas, on pourra s'aimer Akira. Et j'ai tellement hâte, que j'ai envie de marcher jour et nuit pour me rendre à Gay Town. Plus rien ne nous séparera
    La voix d'Akio était si enjouée, semblable à celle d'une fille, Akira se demandait souvent s'il avait mué un jour...
    -Non, plus rien ne nous séparera
    A t-il répondu dans un sourire avant de serrer son frère contre lui
    -Je t'aime Akio, et même si on ne parvenait pas à s'y rendre, sache que je serais toujours là pour te protéger
    -Je t'aime aussi Aki... »
     
    C'était un souvenir aussi poignant que douloureux duquel Akira ne parvenait pas à se défaire, il imaginait parfois l'âme d'Akio se lamenter "tu étais censé me protéger! Et tu m’as tué... tué" Un peu à la manière de Simba quand, adulte, il lance à l'esprit de son père "Tu étais censé veiller sur moi! Mais tu n'es pas là...pas là". Oui, Akira était un assassin, un criminel, ses mains étaient baignées du sang de son frère et il ne pourra jamais s'en laver. Cette solitude, cette désolation, ce vide profond et éternel était sa punition, sa condamnation, sa malédiction, lancée pour le châtier, lui faire regretter plus encore d'avoir assassiné son frère de sang froid, alors qu'il lui faisait confiance pour le protéger. Y avait-il pire crime que de tuer son frère en trahissant à la fois sa confiance et sa promesse de le protéger? Il avait faillit à sa tâche, pire encore! Il avait volontairement faillit à sa tâche! Il espérait avoir une identité ainsi, ne plus être la pâle copie de son frère, mais la seule identité à laquelle il était parvenu était celle d'un assassin...
    Perdu dans ses pensés, dans ce flot tumultueux de détresse et de culpabilité, il ne prit pas tout de suite conscience qu'on lui avait adressé la parole. La question de l'inconnu vint se mêler aux milliers de choses qui se disputaient leur place dans son esprit, c'était un bruit de fond, une chose à laquelle on finit par s'habituer, à ne plus entendre, comme le tic-tac d'une horloge ou le chant des grillons. C'est une habitude, un bruit banal qu'on entend, mais dont on ne prend pas conscience, un son que notre cerveau qualifiait de non important, et le rejetait pour ne pas s'embrouiller de choses inutiles. Mais après un long instant de silence à se remémorer la joie de vivre et l'éternelle sourire de son frère, il se rendit enfin compte qu'on lui avait parlé, et il lui fallut quelque seconde encore pour que son cerveau interprète les paroles de cet homme qu'il n'avait jamais vu
    « Qui je suis? Je n'ai d'autre identité que celle d'un assassin. Ce que je veux? Faire ce qu'on vient faire généralement dans un cimetière, devant la tombe d'une personne qui nous était proche.
    Il s'était agenouillé pour caresser d'une main tremblante le nom d'Akio Shike, aussi, il se releva et regarda l'inconnu derrière son masque lui cachant les yeux. L'homme aussi cachait son visage, tout ce qu'Akira parvenait à voir, c'était un unique œil rouge. "Vous portez des lentilles vertes?" C'était une question qu'on posait souvent à Akira, mais aussi à son jumeaux, et il songea que cette personne aussi devait souvent entendre cette question indiscrète, et, lorsqu'elle venait de personne parfaitement inconnue qui s'en vont après avoir eu leur réponse, parfaitement impolie
    « Mais je pourrais te retourner tes deux questions. »
    Même si cela pouvait aisément passer comme un "toi aussi, qui es tu et que fais tu?", sortant de la bouche d'Akira elle signifiait tout autre chose "J'ignore pourquoi je me suis fatigué à répondre à tes questions car je pourrais te poser les même, maintenant veux tu, j'ai un recueillement à faire". Mais Akira, il fallait le connaitre pour savoir l'interpréter correctement, et 98% des personnes s'y trompaient, il n'avait aucune considération pour cela, et ce n'était pas parce que les 2% restant ne s'y trompaient pas qu'ils méritaient plus de considération.
     
    « Oh, tu es le jumeau d'Akio non?
    -Oui, je m'appelle Akira Shike
    -C'est magnifique, chérie viens voir!
    -Quoi? Oh! Bonjour Akio! He bien, qu'est il arrivé à tes cheveux?
    -Ce n'est pas Akio, c'est son jumeau
    -Oh! Vraiment?
    -Oui, je m'appelle Akira Shike
    -C'est fou comme vous vous ressemblez! Si tu étais coiffé comme lui, tu serais son sosie parfait!
    -...
    -Tu t'appelles comment?
    -Akira Shike
    Une lueur d'espoir gonfle en lui. On s'intéresse à son nom, pas à sa pseudo identité de jumeau d'Akio
    -Ouah! Même ton prénom ressemble à celui d'Akio!
    Son espoir retombe aussi vite qu'il est venu. Comme la neige qui fond au soleil, il s'évapore face à cette phrase. Akira serre les lèvres jusqu'à ce qu’elles ne soient plus qu'un fin trait. Il fait ce qu'il peu pourtant pour se différencier. Là ou Akio laisse retomber ses cheveux verts et y met quelques ornements, lui, les maintiens en l'air sans rien ajouter. Là ou Akio porte la majeur partie du temps des vêtements blancs, il se rabat sur le noir. Mais non, il n'est pas Akira, il n'est pas lui, il n'a pas d'autre identité que celui du "jumeau d'Akio"
    -Et vous vous entendez bien tout les deux?
    Sans un mot, Akira tourne les talons et part en courant
    -Une chose est sur, il n'est pas aussi rayonnant que son frère »
     
    Les larmes s'échappent des yeux d'Akira, roulent tel deux diamants scintillant sur ses joues et viennent s'écraser sur la tombe en se divisant en d'autre cristal qui à leur tour entrent en collision avec la froide pierre indigne de l'affection chaleureuse d'Akio. La pierre est grise, sombre, Akio était toujours rayonnant. Comment son corps de martyre peut il être abandonné sous cette pierre qui est le contraire parfait de ce qu'il a été
    « C'est moi qui devrais être là. Le gris, le sombre, le froid, ce sont les adjectifs qui me qualifient, pas ceux qui servent à décrire Akio. Il est comme.... le mouton blanc parmi les moutons noirs. Le froid et les ténèbres de la mort, ça n'est pas fait pour lui, il est aussi chaleureux que le soleil, aussi doux que le fin duvet de la feuille d'un arbre. Il est tout ce qui fait la vie. C'est moi qui suis froid et sombre, c'est moi qui devrais côtoyer la mort et reposer sous une si triste pierre. »
    Songea t-il en fixant les quelques gouttes qui perlaient sur la pierre tombale, presque aussitôt rejointes par d'autres, qui, tel une cascade, inondaient la tombe en fuyant ses yeux verts. A nouveau, la voix de l’inconnu retentit, lui demandant qui était enterré là.
    Il lui répondit sans tourner la tête, gardant ses prunelles posées sur le nom de son frère inscrit en lettres d'or sur la tombe AKIO SHIKE
    « Qui état-ce? Je te l'ai dis non? Une personne qui m’était chère. Tu n'as pas besoin de plus de précision, cela ne t'apporterais rien »
    Souffla t-il d'une voix éteinte et brisée.
    Ses larmes coulaient, certes, mais il ne sanglotait pas, il était silencieux, n'était pas agité de soubresauts. Elles semblaient juste fuir, comme si la détresse en lui était trop grande pour qu'elles puissent le supporter, comme si elles voulaient rejoindre le corps inerte d'Akio que leur propriétaire avait froidement tué...
     
    Il croyait que c'était fini, qu'il ne survivrait jamais au vide occasionné par la mort de l'être qui lui était le plus cher au monde, du seul être qui lui était cher. La mort de son frère, de son amant, la mort d'un ange au milieu des enfers, d'un houou dans un monde de chaos. Il croyait qu'il ne pourrait plus vivre avec cette phrase qui restait accrochée à sa tête comme une puce à la fourrure d'un chat "tu es un assassin, un meurtrier". Il savait que quoi qu'il fasse, jamais il ne pourrait purifier ses mains souillée par le sang de son frère, il l'avait tué, et il porterait à jamais le poids de sa culpabilité. C'était sans doute ça, l'unique raison qui l'avait empêché de se suicider, la mort aurait était un secours, un moyen d'échapper à la souffrance, à l'absence de son frère, à la culpabilité. Vivre l'obligeais à tout endosser, il portait ces trois lourds bagage sur le dos, et il ne pouvait les retirer, il se l'interdisait, car tel était sa punition pour le meurtre de son frère.
     
     
    Akira éclata d'un rire moqueur et amer, un rire sans joie, pleins d'amertume et de chagrin, un rire qui, retentissant dans la nuit, dans ce cimetière, dans cet atmosphère lugubre, semblait dans son élément, quand l’autre se présenta sous le nom de Matt, espérant que cela puisse l’aider à oublier sa peine. Il braqua ses yeux que son masque cachait sur l’inconnu, un sourire railleur étirait ses lèvres sur le visage, et on voyait à cette esquisse de sourire, que c'était son premier depuis des lustres.
    Depuis la mort de son frère....
    « Tu prétends, Matt, que savoir ton nom me feras oublier ma peine? Tu prétends, Matt, que connaître le nom d'un inconnu, d'un passant dans la rue, une personne que je ne reverrais jamais, me fera oublier que j'ai tué mon frère? As-tu la prétention de prétendre ça? J'ai tué mon frère, je ne peu oublier, je n'ai pas le droit, la douleur, c'est ma sanction, et même si j'avais le droit, je ne pourrais pas oublier. Connais-tu la portée de ce verbe "oublier"? Il a une portée immense, oublier. Oublier ma peine? Quelle peine? Celle d'avoir tué Akio? Et donc, d'oublier que j'ai connu Akio? C'est une chose impossible, même si je venais, pas le plus grand des hasards, à retrouver le sourire, une chose qui par sa simple prononciation est impossible, je ne pourrais jamais oublier ma douleur, elle sera toujours présente, car elle est marquée au fer rouge dans mon cœur, elle y est taillée, sculpté, ce que tu veux, marqué à l'indélébile peut être? Et puis, oublier ma peine serais, en plus d'être en sois, un acte criminel, une insulte en la mémoire d'Akio. Oh oui, ce verbe à une immense portée. Par le simple fait d'oublier, on peu devenir un criminel, on peu insulter les gens, commettre des crimes de lèse majesté! "Oublier" n'est pas une bonne chose, "oublier" est situé dans la catégorie des verbes qui, quand ils parlent d'une personne, la voient de façon péjorative, comme "voler"; "assassiner", "violer". Je suis déjà un criminel, coupable de meurtre, de fratricide, mais aussi d'avoir trahis la confiance qu'on m'accordait, en plus d'être coupable d'avoir violé une promesse faite, et d'avoir faillit à ma tâche, celle de protéger une personne, personne que j'ai finalement tué de mes propres mains. Tu veux, en plus de ça, que je vienne à "oublier"? Ne crois tu pas que j'ai assez suivit la voix du crime comme ça? Non, je ne veux pas oublier, et par delà le temps, je n'oublierais pas. »
     
    A chacun de tes pas, tu entendais le sien, à chacun de tes souffles, tu sentais le sien dans ta nuque. Il était toujours présent à tes côtés, toujours là pour toi. Vous étiez presque une seule est même personne, vous étiez tel les perruches appelées: inséparables. A présent, marcher seul, sans sa présence à tes côtés, t'étais une sensation étrange. Tes oreilles épiaient sans cesse un pas qui emboitait le tiens, mais ça n'étais jamais lui, juste un passant quelconque pour lequel tu n'avais aucune considération. Ton cou est sans cesse tendu, à attendre de sentir son souffle apaisant qui suivait autrefois le tient. Tu n'as jamais été aussi seul et, soudain, tu te mettais à regretter de ne pas être encore en quête d'identité. Quel était le mieux? Être la copie de quelqu'un, d'un être qui nous est cher, ou d'avoir l'identité d'un criminel, un assassin, le meurtrier de la personne qu'on aimait, de la seule personne qui était à nos côtés, la seule personne qui nous aimait?
     
     
     
     
    Akira ferma les yeux un instant, comme s'il se disait que, s'il fermait les yeux, il parviendrait à mourir et rejoindre son frère, ou simplement mourir, sans rien derrière, sans cette souffrance perpétuelle.
    A qui avait il réellement parlé? A ce garçon qui disait s'appeler Matt? Ou à lui même? Il était si habitué à être seul, à n'être qu'en sa propre compagnie, qu'il en oubliait qu'il ne se parlait pas à lui même, qu'il n'était pas en train de se reprocher la mort de son frère, mais occupé à converser avec un inconnu.
    Que lui voulait cet inconnu d'ailleurs? Rares étaient les gens qui venaient lui adresser la parole, et ceux qui le faisaient finissaient toujours par abandonner très vite, de peur d'être contaminé par sa tristesse, se disant qu'il voulait juste être seul, ne voulant pas jouer le rôle de psychiatre. Mais celui-ci, cet homme qui cachait son visage derrière un masque, cette personne à la chevelure aile de corbeau, cet inconnu dont il entendait la voix, cette présence qui semblait partager une souffrance semblable à la sienne, lui, il n'était pas venu pour poser une question totalement indiscrète "qu'est ce qu'il y a?". Lui, il avait dit son nom, comme ça, à une personne qu'il rencontrait comme ça, dans un cimetière, la nuit, une personne qu'il ne reverra plus. Il n'était pas partit en se disant "Juste un dépressif" ou "Dieu! C'est un assassin!" ou encore "Gay, inceste, et en plus coupable d'un fratricide? J'espère que c'est pas contagieux!".
    Et puis, ce Matt lui avait dit son nom, la moindre des politesses serait de faire de même non?
    « Je suis Akira, Akira Shike
    Souffla t-il
    -Mais mon frère m'appelait Aki…
    Ajouta t-il pour lui même, en son fort intérieur.
    Pourquoi prenait-il la peine de parler à cette personne? Pourquoi oubliait-il ses mesures de sécurité? Pourquoi sortait t-il de son silence séculaire? Parce que ce passant lui avait dit son nom? Par pure politesse? Parce que l'autre ne s'était pas détourné comme tous ceux qui lui avaient parlés avant lui? Ou simplement parce qu'il avait sentit en lui, une souffrance proche de la sienne, qui lui donnait l'impression de se parler à lui même, se parler à lui même, chose qu'il avait toujours vu comme "parler à moitié à Akio".


    Akira jeta un regard en coin, invisible derrière son masque, à Matt. Ce dernier avait ôté son masque à gaz. Pourquoi en portaient-ils d'ailleurs? A cet inconnu, il ne lui avait pas demandé, il ne pouvait pas savoir, mais lui, lui même? Pourquoi s'était il caché les yeux derrière un masque? Cela avait été comme une pulsion, après la mort de son frère, il se sentait comme nu sans, comme si le simple fait de porter un masque suffisait à le protéger. A la protéger? De quoi? De son identité d'assassin? De son identité de "copie d'Akio"? Ou des deux? Ou était-ce autre chose, encore plus profond, plus intime, un réflexe automatique de son corps, de son instinct? Quelque chose que la science ne pouvait expliquer?
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Re: Parce que celles de Berenor ne suffisaient pas

Message par Elfiane le Jeu 13 Juin - 8:47

je confirme vous etes fait l'un pour l'autre
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Re: Parce que celles de Berenor ne suffisaient pas

Message par Alassea le Jeu 13 Juin - 11:32

XD
Je me demandais qui allait dire un truc du genre en premier x)
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Re: Parce que celles de Berenor ne suffisaient pas

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